Frise historiée

5 000,00

Schiste
Ancienne région du Gandhāra
IIe-IVe siècle
H. 13cm

Vue à 360°

Catégorie :

Description

Cette œuvre est un exemple emblématique de l’art gréco-bouddhique du Gandhāra. Elle porte un décor historié très riche et vivant, diffusant une iconographie spécifique.

Renouveau religieux et artistique
Sculptée dans du schiste, en haut relief, cette frise figure une scène narrative qui semble illustrer des scènes de la vie de Buddha.
Deux épisodes sont représentés selon un mode de représentation classique au Gandhāra, c’est-à-dire séparées par une colonne et prenant place dans un décor architecturé.
La scène de gauche présente quatre personnages dont celui au centre est nimbé, coiffé d’un turban, et vêtu d’un vêtement rejeté sur l’épaule. Un orant se prosterne à ses pieds. De part et d’autre se tiennent deux personnages debout, leur corps tournés vers le personnage nimbé. L’un est torse nu, alors que l’autre est vêtu d’une tunique courte. Sur la scène de droite, le même personnage central est présent, avec son nimbe et son turban, et son vêtement aux multiples plis. Il tient dans sa main un élément arrondi, et est représenté de profil. A sa droite se tient un personnage portant vraisemblablement un vêtement monastique, et dont la tonsure renforce l’hypothèse de ce statut religieux. A sa gauche, un personnage également coiffé d’un turban figure, avec deux enfants se serrant contre lui.
Ces scènes évoquent probablement des épisodes de la vie du prince Siddhārtha, avant qu’il ne connaisse l’Eveil et devienne le Buddha. Il est possible de supposer que ce sont les sorties nocturnes de Siddhārtha qui sont représentées ici, sorties qui finissent par le convaincre de quitter le palais afin de mener une vie tournée vers l’ascèse et la méditation.

C’est au Gandhāra que se met en place de façon progressive l’iconographie anthropomorphe du Buddha, rompant ainsi avec des siècles de tradition aniconique. Ce changement est à mettre en lien avec le développement du bouddhisme Mahāyāna, qui se tourne vers un plus grand nombre de fidèles. Un style syncrétique se développe alors, que l’on retrouve notamment dans l’usage des pilastres et colonnes surmontés de chapiteaux de style hellénistique aux motifs d’acanthes, dispositif bien connu des Grecs qui permet de cloisonner et scander les différents moments d’un récit, comme c’est le cas ici.

Un art syncrétique
Au Gandhāra, l’art est protéiforme et le style résolument syncrétique, à la croisée des influences : le style vestimentaire des personnages témoigne de l’influence stylistique hellénistique et romaine, tantôt drapés de vêtements larges aux plis matelassés rappelant la toge ou l’himation, tantôt le buste musculeux laissé apparent et recouvert de bijoux, rappelant alors les ascendances nomades des tribus Kuṣāṇ (Guishuang, tribu Yuezhi ayant donné le terme Kuṣāṇ). Les coiffures élaborées et les lourdes boucles d’oreille sont, elles, typiquement indiennes. Ce cosmopolitisme stylistique est là une caractéristique heureuse de l’art du Gandhāra ; la double influence de la sculpture classique méditerranéenne et indienne donnant tout son charme à cette œuvre en la dotant d’une esthétique forte et d’une grande historicité.

L’art de la narration au Gandhāra
Enfin, il est intéressant de noter la forme incurvée de cette frise : cela indique qu’elle décorait un stūpa. Les monastères du Gandhāra accolaient en effet deux types d’espaces : des cours accessibles aux dévots encombrées de toutes sortes de monuments ex-voto, tels des tumulus-reliquaires (stūpa) et des chapelles, et au-delà une clôture réservée aux seuls moines. Dans les parties publiques, les soubassements des stūpa, les entourages de porte et de fenêtre, les plinthes et même parfois les contremarches des escaliers portaient de nombreux reliefs, juxtaposant motifs décoratifs et scènes narratives apologétiques. C’est le cas de cette frise qui se lisait de droite à gauche selon la pratique traditionnelle de la circumambulation (consistant à tourner de façon rituelle autour de l’objet sacré, en le gardant à main droite, ici le stūpa).

 

Provenance : Collection privée française (by repute).